Est-ce vraiment une bonne idée ?
Voici les réponses claires et concrètes !
Poser une chape directement sur terre battue est déconseillé si vous ne maîtrisez pas parfaitement le taux d’humidité du sol. Sans hérisson drainant, les risques à long terme sont réels : remontées capillaires, moisissures, carrelage qui se fissure, et un sol qui “travaille”. Une dalle chaux bien dosée peut convenir si le sol est sec et stable, mais nécessite rigueur, matériaux adaptés et compromis sur les finitions. La pose d’un hérisson ventilé reste la méthode la plus fiable.
Cette idée revient dans les projets de rénovation
Dans une maison ancienne, le sol d’origine est en terre battue (mélange compacté de terre naturelle).
Cette base peut sembler suffisante pour y couler directement une chape, surtout si la maison ne montre pas de signes d’humidité.
L’absence de dalle béton ne veut pas dire que vous pouvez tout vous permettre. C’est justement parce que le bâtiment est ancien que certaines précautions s’imposent.
Deux grandes approches :
Les « pragmatiques » qui veulent du solide, étanche et moderne
Les « conservateurs du bâti ancien » qui prônent des matériaux respirants comme la chaux, sans ciment ni polyane
En réalité, tout dépend du sol, de l’humidité et… de vos ambitions pour le logement.

Les risques
L’humidité est le principal ennemi !
Même si la terre paraît sèche, elle peut conserver une humidité résiduelle ou devenir humide avec le temps, selon la saison, les nappes phréatiques ou des fuites invisibles.
Dans ces conditions, une chape posée directement sur la terre va :
- absorber l’humidité,
- la transmettre aux murs ou au revêtement,
- créer des moisissures ou du salpêtre,
- faire gonfler ou fissurer les tomettes ou le carrelage.
Une étude menée par le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) rappelle qu’un sol non drainé peut accumuler jusqu’à 1 litre/m² par mois en saison humide, aggravant le risque d’humidité ascensionnelle dans les murs (source : CSTB, « Remontées capillaires et désordres dans les maçonneries anciennes », 2018).
Chape seule, dalle chaux, ou hérisson : quelle solution choisir ?
Les trois solutions possibles, avec leurs implications :
La dalle chaux directement sur terre battue (sans hérisson)
C’est possible dans certains cas précis :
Si le sol est sec et très stable
Si les murs sont respirants (en pierre, enduits à la chaux)
Si le plancher n’est pas chauffant
Le mélange est composé de chaux NHL 3.5 + agrégats (pouzzolane, billes d’argile ou gravier roulé).
On ajoute de la brique pilée pour renforcer la capacité à gérer l’humidité.
Conseil pratique : faites un test d’humidité du sol avec un hygromètre pendant plusieurs semaines avant travaux. Vous pouvez poser un film plastique pendant 48h : s’il se forme de la condensation, le sol est trop humide.
Prix moyen : entre 60 et 100 €/m² tout compris (hors pose de carrelage)
La chape + dalle chaux avec hérisson ventilé
C’est la solution la plus sûre et la plus durable. Le hérisson (couche de cailloux 20/40 mm) permet une ventilation naturelle sous la dalle, régule l’humidité et stabilise le sol.
Un film géotextile peut aussi être ajouté pour éviter les remontées fines de poussières.
Conseil : pour une maison ancienne, ne mettez pas de film polyéthylène (polyane) sous la dalle. Cela bloquerait l’humidité et la forcerait à remonter dans les murs.
Prix moyen : environ 100 à 140 €/m², selon la complexité du décaissement
À éviter : chape ciment sur terre battue
C’est tentant, rapide, et solide… mais catastrophique dans le temps. Le ciment est étanche, ne laisse pas respirer le sol, bloque l’humidité et la redirige vers les murs.
Vous risquez des fissures, des odeurs, une sensation de froid permanent et même des dégâts sur la maçonnerie.
À savoir : le ciment n’est pas compatible avec les murs en pierre anciens, sauf traitement particulier (hydrofuge, VMC renforcée…).
Et pour les finitions ?
Si vous choisissez la dalle chaux, sachez qu’elle est compatible avec la tomette (terre cuite traditionnelle), le plancher bois cloué ou collé et des carreaux en grès cérame, à condition d’utiliser une colle compatible avec les supports respirants (colle souple à base de chaux hydraulique naturelle)
À tester : les plaques de liège ou d’argile compressée comme isolants naturels pour les finitions

Une solution intermédiaire : la chape sèche
Pour éviter les risques liés à l’humidité, la chape sèche peut être une alternative. Il s’agit de granulats légers (type billes d’argile expansée) nivelés au sol, recouverts de plaques OSB ou Fermacell.
Ce système est utilisé en rénovation légère mais ne convient pas si le sol est instable ou si vous prévoyez de coller un carrelage lourd.
Prix moyen : environ 45 €/m², pratique en étage ou sur dalle à rénover
Pour un projet durable, misez sur une dalle chaux avec hérisson. Il y a plus de travail en amont mais cela vous garantit un sol sain, respirant et compatible avec l’ancien bâti.
Si vous avez des doutes, rapprochez-vous d’un artisan spécialisé en rénovation du bâti ancien, ou consultez un conseiller du réseau Maisons Paysannes de France.
Mieux vaut investir une fois, que recommencer dans cinq ans.
